A la Une
Ce sont les mots qui activent ou réactivent le mieux notre libido. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi de vous offrir chaque semaine une nouvelle qui viendra vous réjouir ou vous faire jouir. Les auteurs de ces nouvelles sont le plus souvent des écrivains contemporains, mais aussi de grands auteurs français voire même des internautes, dont nous avons trouvé la prose digne de figurer parmi les plus grands.
Comment participer au feuilleton ?
Il y a un an, nous avions publié un article sur les hommes à louer, qui nous avait valu, des centaines de mails.
Sur le même sujet, il y a quelques semaines, la sortie de Cliente, le film de Josiane Balasko, a fait couler beaucoup d'encre.
Nous nous sommes donc dit que le sujet nous intéressait toutes et que nos imaginations étaient en marche pour créer un feuilleton sur ces escort-boys nouvelle génération.
En partant de l’idée d’un cadavre exquis littéraire, chacune de vous, écrira un ou plusieurs épisodes érotiques d’une seule histoire : celle d’un monde où les hommes sont à louer.
JOUIR
Il imagine qu’à force de la caresser en pensée, muscles et tendons, des pieds à la tête – il la connaît par cœur – il va réveiller son désir, que le désir va la réveiller. Elle dit que non, jamais.
Pour elle, c’est plus tactile. Sa peau qui, au début, lui paraissait étrangère, hors d’elle, loin d’elle, lui est désormais familière. Son élasticité est la sienne ; ses longues jambes surplombées d’un fessier rebondi, son torse comme un patron de tailleur, les poils qui le garnissent au sternum et au pubis, les ongles épais des orteils, à la surface un peu crantée ; tout cela lui est familier comme une extension de sa peau. Pointe alors une impression d’onanisme ou d’inceste. Ce n’est plus lui, l’étranger, il lui ressemble trop. Mais grâce à ça, ils peuvent dorénavant s’endormir collés, sans heurts ni dérangement.
Thérèse Philosophe (extrait)
En arrivant de notre exil volontaire, notre premier soin fut de changer de quartier ; et sans dire mot au président, nous nous transplantâmes dans le faubourg Saint-Germain.
La première connaissance que j’y fis, fut celle d’une certaine baronne qui, après avoir pendant sa jeunesse travaillé utilement et de concert avec une comtesse, sa sœur, aux plaisirs de la jeunesse libertine, était devenue directrice de la maison d’un riche Américain, à qui elle prodiguait les débris de ses appâts surannés, qu’il payait bien au delà de leur juste valeur. Un autre Américain, ami de celui-ci, me vit et m’aima : nous nous arrangeâmes. La confidence que je lui fis du cas où j’étais, l’enchanta au lieu de le rebuter.
Festin de miettes (extrait)
Deya faisait semblant de dormir, ou dormait vraiment, pendant que Sophie lui caressait le dos. L'effet des joints se faisait encore sentir, sans l'euphorie du début, avec une sorte de concentration distordue plutôt. Le temps semblait une invention idiote, Deya une notion abstraite, un simple matériau à explorer ; le monde se résumait à la pulpe des doigts de Sophie.
Jeux de rôles
Mon nouvel amant m’effraye et me fascine.
Sa sexualité m’entraîne vers des excès qui me terrifient mais qui, en même temps, chauffent à blanc mon imagination. Je sens que tout doucement les rives auxquelles je m’étais arrimée deviennent mouvantes et je ne sais parfois plus très bien si je suis sur la terre ferme ou en train de me noyer.
Chacune de ses nouvelles idées m’éloigne de la sexualité que je m’étais construite : pétillante, généreuse, fantaisiste juste ce qu’il faut mais finalement bien cadrée et sans véritable originalité.
Il m’a prise par la main, comme une enfant trop sage et m’a emmenée faire un tour sur le chemin de ses perversions. Juste pour me montrer que ça ne concerne pas uniquement « les autres » et que, si on titille au bon endroit, on peut tous être excités par des choses qu’on trouvait forcément inacceptables jusque là. J’ai eu peur. Peur de moi. Peur de découvrir que mon plaisir pouvait être décuplé par des pratiques dites « hors normes ». Mais j’avais envie de voir, de savoir, alors je suis restée.
Ma stupéfaction et mes yeux écarquillés devant ce qu’il me faisait découvrir jour après jour l’enchantaient. Alors il s’arrangeait pour que ce soit chaque fois un peu plus brutal.



